Febus

Gaston Fébus - Prince solaire

Il suffit d’évoquer les termes de « souverain béarnais » pour qu’immédiatement surgisse le nom d’Henri IV, roi de Navarre devenu Roi de France. Si le rayonnement du bon roi Henri est légitime, il ne doit éclipser celui d’un de ces
prédécesseurs, Gaston III de Foix Béarn. Né en 1331 à Orthez, Prince de Béarn et comte de Foix, Gaston Fébus, aussi solaire qu’ombrageux, fut au XIVe siècle l’un des Princes les plus en vue d’Europe. il laisse derrière lui une œuvre politique et artistique dont les témoignages sont encore remarquables près de sept siècles plus tard. Du point de vue politique, il fut un stratège terriblement habile, et l’architecte du territoire « Béarn » tel que nous le
connaissons aujourd’hui. C’est lui qui, manœuvrant entre les allégeances au Prince Noir et au trône d’Angleterre d’un côté, et celles liées au Royaume de France de l’autre, revendiqua une unicité et une singularité pour cette part du territoire français. Son adresse diplomatique hors-norme vaudra au Béarn d’être une terre bénie, curieusement épargnée aussi bien de la Guerre de Cent ans que des pestes et des famines qui ravageront le XIVe siècle. C’est encore lui qui, dans le sillage de son grand-père Gaston VII Moncade, manifesta cette intégrité territoriale du sceau visible de ses places fortes : les châteaux de Pau, Montaner, Mauvezin, Morlanne, Orthez, Bellocq, Sauveterre en témoignent encore. Les historiens le citent aujourd’hui comme l’inventeur de la communication politique. Enfin, il sut organiser le Béarn, à l’intérieur de ses frontières, en une unité politique cohérente, redistribuant le pouvoir judiciaire, déterminant les espaces de juridiction, attirant l’afflux de populations nouvelles par le biais d’une politique d’urbanisation innovante qui favorisa la croissance démographique et le développement commercial. Gaston Fébus, à la tête d’une fortune colossale, bâtie sur ses victoires militaires (notamment la défaite du comte d’Armagnac) et sa fiscalité inventive, finançait cette cour. Plus encore, il participait activement à la vie culturelle et intellectuelle de son siècle, s’adonnant lui même à la poésie, commandant des manuscrits, recevant des artistes à sa cour... comme les puissants de son temps. Chasseur émérite et passionné, il est l’auteur d’un ouvrage de premier ordre, « L e livre de chasse », qui sera dès son époque un best-seller. Le livre atteste d’une telle connaissance de la vie animale que Buffon, naturaliste du XVIIIe siècle, le consultera pour mener ses travaux.

febus
Mais ce prince n’était-il que solaire ?
Personnalité forte, tempétueuse, ambiguë, prompte à la colère et aux emportements, la dimension romanesque, sulfureuse même, de sa biographie, l’apparente à un héros shakespearien avant l’heure. D’une beauté solaire, celui qui se rebaptise lui-même Fébus n’a que 12 ans lorsqu’il hérite du pouvoir. Le prince-enfant prend la tête des armées à 14 ans et n’a de cesse de s’illustrer à la guerre, partage les aventures des Chevaliers Teutoniques, libère la famille
du Dauphin à Meaux lors de la Jacquerie de 1358, défait le terrible comte d’Armagnac. Victorieux, indépendant d’esprit, richissime, Fébus suscite rapidement la jalousie. Ses relations familiales et l’extinction de sa dynastie portent la trace d’un splendide isolement. Fébus chasse sans ménagement son épouse, Agnès de Navarre, alors qu’elle vient de lui donner un fils, Gaston. Ce même fils, unique héritier légitime que, quelques années plus tard, suspecté d’un complot d’empoisonnement, Fébus assassinera de ses propres mains, éteignant par lui-même son unique lignée. La tragédie familiale de Fébus s’exprimera même de façon posthume et spectaculaire car le frère de lait de Gaston, Yvain de Lescar, fils illégitime de Fébus mais ô combien chéri, trouvera la mort au bal des Ardents. Gaston Fébus, lui, meurt d’apoplexie alors que, rentré d’une chasse à l’ours près de Sauveterre en 1391, il s’apprête à banqueter.
Tant de relief pour un seul homme... Et si peu de traces dans les mémoires ! Telle est l’épopée d’un Prince stratège, d’un poète chasseur, d’un bâtisseur de Béarn, que nous proposons de revivre dans Febus 2.0 : en ombres et en
lumière.